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Fév 01

Improvisation harmonique ou mélodique au violon ?

harmonie de notesLa question posée par le titre de cet article fait l’objet de nombreux ouvrages, de sites internet, …. pas spécifiquement pour le violon, mais pour de nombreux instruments dits « solistes ».

Je n’ai donc aucunement la prétention d’y répondre de manière universelle, mais je vais résumer ci-dessous ce que mes lectures et ma pratique récente m’ont enseigné.
Après pas mal d’années d’apprentissage, j’ai lu dans un ouvrage de référence ce que je n’arrivais pas à exprimer jusqu’alors..

J’ai en effet saisi que, lorsqu’on souhaite improviser sur un thème donné (ce qui exclut l’improvisation libre notamment) le musicien a deux principales ressources d’inspiration : le thème de la mélodie elle même et  son harmonisation.

On parle d’improvisation thématique  et d’improvisation harmonique.

Bien sur dans le jeu sur le vif, le musicien explore les deux, avec plus ou moins d’équilibre, mais le travail dans le quotidien diffère.

L’improvisation thématique

C’est certainement la plus ancienne forme d’improvisation : le musicien s’inspire du thème de la mélodie pour son improvisation.
Cette manière de procéder existe également en musique classique sous le vocable “thèmes et variations”.

Dans mon travail j’aborde l’improvisation thématique de différentes manières qui consistent à partir de la mélodie, à la paraphraser plus ou moins  :

  • en jouant le thème tel qu’écrit ou entendu (accents, …) : c’est le travail de base le plus  important pour moi, car il me permet l’intériorisation du thème. Il ne s’agit pas juste de le jouer, mais de le “sentir”, de le vivre ! Il est donc nécessaire également de comprendre la construction, les phrases, l’équilibre, son climat, de travailler la mise en place rythmique et la précision des articulations (notamment avec l’archet)…
  • le jouer en modifiant le tempo, la dynamique, les accents,  …
  • puis en substituant des note par d’autres, ou en changeant l’ordre par exemple, ou le rythme. Mais je garde toujours la carrure (pour moi sur 4 mesures) pour être sûr de ne pas me perdre
  • en rajoutant (broderies) des notes ou des rythmes
  • en simplifiant afin de garder seulement l’essentiel : c’est excellent pour repérer les point d’appui ; c’est un procédé très fort et puissant s’il est bien réalisé !
  • ….

L’ improvisation thématique est en générale appréciée des auditeurs (sauf ceux qui viennent assister à une prouesse technique) car elle renforce la manière de vivre le thème, puisque le musicien tourne autour en en présentant différentes  facettes : l’auditeur est donc capable de le mémoriser, de le siffloter , …

Je peux résumer dans le schéma ci dessous ma perception de ce type d’improvisation

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L’improvisation harmonique

C’est aujourd’hui me semble-t-il la forme d’improvisation la plus couramment enseignée dans les écoles, notamment de jazz : on apprend à lire la grille et on apprend les notes consonantes, dissonantes, etc …

L’apprentissage de l’impro harmonique revient en grande partie à être capable de jouer des notes compatibles avec l’enchainement des accords.  Il existe des multitudes d’ouvrages sur l’harmonie et le travail de mémorisation peut être sans fin tellement les possibilités sont nombreuses.

Le danger de l’improvisation harmonique poussée à son extrême est la perte possible de cohérence avec le thème  : à la limite, il serait possible d’ improviser la même chose sur deux thèmes ayant la même harmonisation (même grille) ! L’avantage de ce mode de fonctionnement est qu’il permet plus de liberté, plus de possibilité “d’invention” mais pour l’auditeur c’est plus abstrait car on perd la couleur originale donnée par le thème.

La difficulté pour le musicien amateur (comme moi) est d’être absorbé par la difficulté posée par l’enchainement des accords (c’est parfois complexe !) et l’attention qui y est consacrée ne permet pas de se concentrer sur autre chose, notamment sur le fil conducteur et la progression de l’impro : si les notes jouées instantanément sont “justes” par rapport à la grille, elles ne forment plus un ensemble cohérent avec les précédentes ou les suivantes  : “la maitrise de l’improvisation de coïncide pas avec celle de l’harmonie” (J. Siron “la partition intérieure)

Le  travail sur l’harmonie reste important – voir fondamental – pour maitriser l’instrument, mais un exposé dans un chorus d’une improvisation purement “harmonique” pourrait donner à l’auditeur l’impression d’assister à une démonstration technique, et  le musicien pourra ne pas transmettre les émotions  que lui a procuré le thème … dommage non ?

Je peux résumer dans le schéma ci dessous ma perception de ce type d’improvisation

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Pour ma part, mes axes de travail sont les suivants sur le coté “improvisation harmonique”

  • jouer les notes principales des accords ;  par exemple en rythme, en noires sur 4 temps  : fondamentale- tierce, fondamentale-quinte
  • puis jouer idem mais avec fondamentale + note qui donne la couleur de l’accord (tierce, 7eme ou autre)
  • puis jouer les passages d’un accord à l’autre comme le ferai une basse avec la  technique du Walking Bass :
    jouer en noires et  passer d’une fondamentale à l’autre en utilisant le plus court chemin possible (avec des notes de la gamme jouée ou des notes d’approche)
    ==> pour ces exercices, l’important au delà des notes est de “planter” le rythme avec les accords

On peut bien sûr complexifier à loisir, en jouant des arpèges plus complets, des notes d’approche etc …. mais je trouve que déjà avec ces bases j’arrive à sentir beaucoup d’éléments et notamment la fusion des deux notions essentielles que sont : sentir les temps et entendre les sonorités des accords.

Le résultat est que j’arrive à peu près à intérioriser la grille (quitte à la simplifier) et à me fixer ainsi des points de repères immuables : mes bouées !
C’est mieux qu’une partition mais pour un musicien classique, je trouve que c’est long à mettre en place car cela signifie : faire confiance à son instinct et à son écoute plus qu’à ses yeux et son intelligence!!

 

La technique formulaire

C’est le nom donné à un ensemble de techniques qui proposent de travailler des formules, ou modèles, que le musicien peut reprendre ensuite pour improviser. Le travail a pour objet d’acquérir des réflexes et des techniques mobilisables “sans y penser”. On parle notamment de lick, pattern, plan ….. et il  en existe des livres entiers.

Je connais ainsi

  • l’improvisation motivique qui consiste à reprendre des motifs plus ou moins brefs travaillés à l’avance (arpèges, montée ou descente en triolet, gamme pentatoniques, ..)
  • glisser des formules connues et travaillées à l’avance. Ce peut être des motifs du thème
  • cela peut être des formules personnelles dont le catalogue s’accroît  avec la pratique ;  certains musiciens en travaillent de nombreuses et on les reconnait lorsqu’on écoute régulièrement ces artistes
  • faire des citations en glissant des motifs connus dans son impro. On peut aussi faire de l’auto-citation (reprendre des motifs joués dans d’autres morceaux)
  • il y a aussi la reprise sur le vif de motifs joués juste avant par d’autres musiciens du groupe : on va au delà du formulaire et c’est fort ….

Ces techniques formulaires peuvent être utilisées aussi bien en improvisation thématique qu’harmonique.

 

Et vous comment travailler vous l’impro ?

Formulaire ?  thématique ? harmonique ??? Dites nous dans les commentaires ….

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(5 commentaires)

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  1. Frédéric Tari

    Première recommandation que je ferais à quiconque souhaite « apprendre à improviser » : ÉCOUTER !
    Ne jamais perdre une occasion d’écouter.

    Écouter, c’est à dire « laisser entrer » les sons et la musique de façon relâchée, sans volonté, sans analyse. En prenant simplement plaisir à se laisser « sentir », à se laisser « ressentir ». Plaisir sensuel à être présent dans l’instant à son expérience.
    Se laisser imprégner, étonner, émouvoir, transformer… inspirer !

    Écouter en marchant dans la rue. Écouter en faisant les courses. Écouter en cuisinant. Écouter en faisant la vaisselle. Écouter en recevant ses amis. Écouter en lisant. Écouter en travaillant (quand c’est possible). Écouter en allant aux concerts. Écouter en jouant. Écouter.

    Car pour « exprimer », il faut avoir… « imprimé ».

    Une excellente amie auteure donnerait le même conseil : pour « apprendre à écrire », OBSERVER !

    Le second conseil serait de jouer le plus possible avec d’autres musiciens.
    L’improvisation, pas plus que la musique, n’a vocation à être pratiquée seul.Ce n’est pas une « technique » mais une « expérience vivante », un art du partage, de l’échange, de la générosité, du jeu !

    Alors oui, JOUONS !
    Jouons à inventer sur l’instant. Exactement comme nous le faisons sans y penser lorsque nous parlons.

  2. Basille

    Bonjour Ghislain
    Merci pour vos supports toujours très intéressants.
    Je me permets d’ajouter une suggestion sur l’approche harmonique. Enseignement de Jo Pass le grand guitariste : il ne faut pas être obsédé par la succession scolaire des accords mais raisonner par groupe d’accords pour improviser, essentiellement :
    – tonique 1-3-6
    – dominante et sous-dominante 2-4 5-7
    Ensuite se fier à son oreille pour embellir par des extensions d’accord (maj7, #11, b9, 13, +5…).
    L’intérêt est de limiter les connexions entre lignes mélodiques puisque de fait on considère un nombre limité de groupes d’accords pour improviser. Ainsi la ligne mélodique est plus fluide que lorsqu’on s’échine sur des changements d’accords.

    Emily Remler également recommandait d’improviser sur le 2 avec une gamme mineure mélodique pour les groupes dominante-sous dominante (je simplifie).

    Encore merci !
    Christophe

    1. Ghislain

      Bonjour Christophe,
      Merci pour ce commentaire constructif !
      Effectivement, c’est bien l’écueil de celui qui apprend l’impro en se basant sur la grille des accords : être « obsédé » par la succession des accords et rester bloqué dessus !
      L’idée de l’article est surtout de proposer une méthode de travail qui permet de bien s’imprégner de la succession des accords, ce que nous, instrument dit « soliste », ne faisons pas toujours suffisamment (là je parle pour moi en tout cas !).
      Il me semble que cela me donne ensuite une certaine liberté, car je peux ne plus rester « coller » aux accords unitaires, tout en étant capable de toujours « entendre » la grille.
      Le chemin est long …

  3. le floch jean michel

    bonjour
    merci pour toutes ces infos qui me conforte dans mes pensees sur l impro.Je suis guitariste et l impro m interresse particulierement.Le domaine est vaste et les methodes completes et efficaces ne semblent pas exister.Chaque musicien construit son chemin pour progresser au mieux. j essaye de garder une impro libre en restant coherent avec le theme et la grille.Tout le travail en amont:gammes,arpeges,notes cibles,melodie,pattern,repiquage……ne me sert qu a former mes oreilles aux differentes sonorites …pendant l impro, aucune reflexions,j ecoute au mieux la grille avec le theme (mentalement)et je joue en tentant de raconter une histoire.ce qui est curieux c est que le travail n est pas directement lie a l impro mais ameliore mon ressenti musical permettant d ameliorer les impros…le chemin est long …..

    1. Ghislain

      Merci Jean Michel,
      Je suis heureux de constater que le Blog est lu par des instrumentistes autre que des violonistes.
      Cela m’intéresserai beaucoup d’en savoir plus sur ton expérience et ta pratique de « raconter une histoire ».
      Est ce possible ??

  1. La partition intérieure

    […] page 467 : idées pour développer l’improvisation harmonique  (lire l’article sur les formes d’improvisation si vous ne l’avez pas déjà […]

  2. Quelle note jouer pour improviser ?

    […] évoqué ce sujet dans l’article « improvisation harmonique ou mélodique » et eu lieu de répéter, je vous propose de lire ou relire cet […]

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