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Juil 30

Pratiquer les gammes au violon

gammeLa pratique de l’improvisation requiert de la rapidité. Il n’est donc pas possible de « réfléchir » et les notes doivent « tomber sous les doigts ».
La pratique des gammes permet d’acquérir certains de ces automatismes.
Fédéric TARI nous montre comment il pratique les gammes pour développer des sensations utiles à l’improvisateur.

Introduction

Beaucoup de violonistes ont appris leur instrument par la musique classique, et ont pratiqué de nombreux exercices qui sont liés. Qui ne se souvient pas de des célèbres Schradieck, Sevcick, …??

Lorsque j’ai abordé les musiques improvisées, je me suis aperçu que la technique ainsi acquise était profitable, mais qu’elle ne me donnait pas une image suffisamment claire de ce que je jouait.

J’ai découvert dans la méthode « Cordes et Ames’  de D. Lockwood ce qu’il appelle les schémas de doigts, qui rappellent les tablatures des guitaristes.
J’avais décris dans un précédent article comment je m’en suis servi pour mémoriser les modes.

Nous allons voir dans cet article que ces schémas de doigts peuvent être d’une grande utilité pour le travail systématique des gammes.

Pour ma part, je ne trouve pas très ludique de « travailler » des gammes 😉
Je pratique donc en fonction des morceaux que je prépare et je change ainsi régulièrement de tonalités.

Les explications que vous livre ici Frédéric TARI, que je remercie, est une approche systématique qu’il a explicité dans le cadre de cours qu’il donne à l’Institut Musical de Formation Professionnelle (IMFP) de Salon de Provence.

Première partie : notions préalables

Pour réaliser un travail systématique, il est nécessaire de poser les bases du vocabulaire que nous allons utiliser. C’est l’objet de cette première partie.

Je résume ci-dessous ce que vous trouverez dans les vidéos de l’article.

Les gammes de référence

La gamme de référence dans notre système occidental est la gamme majeure,

La particularité de cette gamme majeure est que les 2 tétracordes qui la composent ont les mêmes intervalles entre les notes (1t – 1t – 1/2t) , et qu’ils sont séparés d’une quinte.

Tetracorde violon

 

gamme de  LA MAJEUR

 

 

 

Comme le violon est accordé en quinte, il sera très facile de repérer ces 2 tétracordes de manière symétrique par la position de nos doigts sur le manche du violon.

NB :
Toutes les notions abordées ici sont illustrées sur la gamme majeure, mais les notions peuvent être utilisées de la même manière avec les gammes mineures

Le principe des schémas de doigts

La gamme de  LA MAJEUR ci dessus peut être représentée sur le manche du violon suivant le schéma ci dessous.

Gamme-Majeure schema doigts violon

 

  • de manière verticale les 4 cordes du violon.
  • des petits points qui représentent l’emplacement possible des doigts (de 1/2 ton en 1/2 ton)
  • sur la colonne de gauche le numéro du doigt utilisé
    1 = index, 2=majeur, 3=annulaire, 4 = petit doigt
    + et – indiquent les extensions vers l’avant ou vers l’arrière
  • les ronds larges sont les doigts que je vais appuyer sur les cordes
  • Le I indique que nous sommes en 1re position

 

 

 

 

On arrive ainsi à se faire une image très claire de la gamme majeure qui commence par un premier doigt.
Elle est symétrique sur les 2 tétracordes qui sont sur les 2 cordes voisines : Sol et Ré

Ce type de schéma peut être systématisé.
Pour cela, on va convenir d’une notation particulière qui fait référence aux numéros indiqués sur la colonne de gauche du schéma ci-dessus .

  • On appelle position de base la position d’un doigt qui est sur un chiffre. On le dessine en rouge.
  • Si le doigt fait une extension avant ou arrière, Frédéric appelle cela une position de travail. On le représente alors en bleu.

Voilà la notation utilisée

Schema-doigt-violon-base-travail

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schémas de doigts : les 4 configurations de la gamme majeure

On peut jouer une gamme (majeure ou non) en commençant comme dans l’exemple ci dessus de La Majeur par le 1er doigt ; il est également possible de commencer par le 2e, 3e ou 4e doigt.

On obtient ainsi 4 configurations de doigts offrant la facilité d’être jouées dans une même position sans avoir à démancher. C’est là un des intérêts de cette approche.

Je les représente dans l’ordre suivant

Configuration n°3 : commence par le 3e doigt, avec 4 notes en position « de base »

Configuration 3- violon 1re position

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Configuration N°4 : commence par le 4e doigt, 3 notes en position de base, 1 note en position de travail

Configuration4-violon 1re position

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Configuration N°1 : commence par le 1er doigt, 2 notes en position de base, 2 notes en position de travail

Configuration1-violon 1re position MiM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Configuration N°2 : commence par le 2e doigt, 1 note en position de base, 3 notes en position de travail

Configuration2-violon 1re position

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous allons dans la 2e partie comprendre pourquoi ces notions sont intéressantes et surtout apprendre comment les utiliser !!

 

Deuxième partie : pratique en 1re position

Maintenant que nous connaissons le principe des schémas de doigts et les 4 configurations de la gamme majeure, l’intérêt est de les pratiquer afin que les sensations s’ancrent dans notre corps.

Pour cela Frédéric nous propose 2 approches

Pratiquer une même configuration dans toutes les positions

On peut prendre l’exemple de la configuration 1.

  • Sur la corde de Sol, nous jouerons en 1re position la gamme de LA M
  • Puis en 2e position, la gamme de Sib M  (nb : la 2eme position est 1/2 ton au dessus de la 1ere)
  • Ensuite en 3e position la gamme de Do M
  • Et pour terminer en 4e position la gamme de Ré M

Rq : Si on continue en 5e position, on retombe sur les mêmes doigtés qu’en première position sur la corde de Ré

L’exercice consiste à

  • Pratiquer une même configuration dans toutes les positions, cela sur les 4 cordes
  • Puis refaire la même chose avec chacune des 3 autres configurations

Normalement, après une pratique régulière, les sensations des schémas de doigts de la main gauche deviendront vite une habitude : on se sent alors « chez soi » avec chacune des configurations.

Pratiquer les 4 configurations dans une même position

Dans le paragraphe précédent, nous avions pris une configuration et changions de position.
Nous allons ici faire l’inverse :

  • On choisit une position et on joue les 4 configurations

Rq : Frédéric nous explique que les 4 configurations jouées dans une même position (donc sans jamais démancher) ne suffisent pas à obtenir la totalité des gammes majeures possibles (les 12 tonalités majeures) : pour jouer une des gammes qui n’apparait pas spontanément, il suffit simplement de jouer une des 4 configurations après avoir démanché d’1/2 ton (le plus souvent en montant) pour se retrouver dans la position ou demi-position supérieure (ou inférieure). Ce principe est détaillé dans la 3ème partie

  • Puis on réalise cela dans les 4 positions

La encore, cet exercice nous amène à être à l’aise, à être « chez soi », dans toutes les parties du manche de notre violon.
C’est important car en formation classique, on insiste beaucoup sur les positions 1, 3 et 5 mais assez peu sur les positions 2 et 4.
Ici, l’idée est de pouvoir changer facilement et d’être aussi à l’aise partout sur la manche.

 

 

Troisième partie : pratique dans les 4 positions, 12 tonalités

S’entrainer sur une configuration dans toutes les positions,

Frédéric nous propose de choisir une configuration et de la jouer partout sur le manche de notre violon : cela permet d’ancrer nos sensations et que ce schéma de doigts devienne pour nous un « réflexe ».

  • Choisir une configuration, par exemple la configuration1, et la jouer sur les cordes de Sol et Ré dans les 4 positions ; puis faire de même sur les cordes voisines.
  • Pratiquer ensuite avec les autres configurations

Jouer les 12 tonalités dans une même position

On remarque qu’en pratiquant l’exercice ci-dessus, on ne joue pas toutes les tonalités car on en « saute » plusieurs.
Frédéric nous propose un exercice qui, en passant d’une configuration à une autre, permet de balayer les 12 tonalités en restant sur 2 positions voisines (on ne peut pas rester strictement dans la même position).

  • Choisir la 1re position et jouer toutes les tonalités en changeant de configuration et en passant de le 1re à la 2e position
  • Faire de même en commençant par la 2e, 3e puis 4e position

Intérêt de cette approche

Le système nous permet d’apprendre

  • à jouer une gamme dans une tonalité donnée dans n’importe quelle position
  • à jouer n’importe quelle tonalité dans une position donnée.

La pratique permet d’avoir tout cela à disposition dans nos sensations corporelles, et donc d’y puiser sans réfléchir, lors d’une improvisation.

Exemple d’utilisation

La vidéo ci dessous nous montre (à 11’30 ») un exemple d’application sur un blues : on répète la même phrase en la transposant, simplement en changeant de position et en gardant la même configuration de doigts.

 

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(3 commentaires)

  1. Mahéo

    Bonjour
    Pourquoi Frederic preconise-t-il de jouer les gammes à l’envers et en poussant ? Que travaille-t-on ainsi ?

    1. Frédéric Tari

      Bonjour Mahéo,

      Beaucoup de violonistes sentent le coup d’archet tiré comme « naturel » : la pesanteur (le talon étant attiré vers le sol) et l’ouverture du buste favorisent cette sensation.
      A contrario, le coup d’archer poussé semble devoir demander un effort, comme s’il fallait gravir une pente qu’on aurait dévalée facilement en tirant.

      Si l’on s’en tient à cette sensation initiale, le poussé devient comme tributaire du tiré, c’est ce que j’appelle « le phénomène de l’élastique » : on tire consciemment et puis, en poussé… l’archet semble se débrouiller tout seul pour revenir, sans qu’on s’en occupe, comme s’il était tracté par un élastique imaginaire.

      Or en jouant ainsi, on n’ « habite » pas le poussé. C’est à dire qu’on ne le joue pas intentionnellement : la note n « existe » pas. Et… ça s’entend ! : le jeu manque d’homogénéité car le timbre des notes est différent d’un coup d’archet à l’autre, la musique manque d’allant ou s’emballe car on a tendance à ralentir ou à accélérer sans le vouloir, etc.

      Pour faire chanter, danser et vibrer l’âme de notre violon, pour être transportés, pour émouvoir (!), il est indispensable que nous habitions consciemment chaque son que nous jouons, sensoriellement, « charnellement ».
      C’est pourquoi j’invite à pratiquer davantage ce qui peut nous paraître moins naturel ou moins habituel :

      • Commencer davantage les gammes en poussant

      • Pratiquer davantage les gammes en descendant (pas « à l’envers » ;-)) ce qui a plusieurs vertus :

      – permettre d’homogénéiser et d’améliorer notre son en affinant les sensations de la main gauche, la pratique de phrases descendantes étant techniquement plus difficile que celle de phrases montantes

      – imprégner la mémoire de notre « musicien intérieur » afin de nous permettre d’entendre avec autant de facilité les passages montants et descendants de la musique. Car la pratique des gammes est aussi excellente pour développer l’oreille et l’écoute intérieure ( « ear training »).

      Bonne musique !

      Amitiés

      Frédéric

      1. Aurelie

        Merci pour cette réponse complète et instructive !

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