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Avr 30

Master class de Didier Lockwood

Master class Didier Locwood _ apprendre à improviser au violonJ’ai assisté avec grand plaisir hier soir à une Master Class de Didier Lockwood, qui précédait un concert qu’il donnait à la Voulte (07) dans le cadre des soirées organisées par l’association « les concerts de poche » .

Je vous relate ci dessous le déroulé de cette master class, car même si je connaissais (au moins en théorie) tous les éléments qu’a expliqué D. Lockwood, la manière dont il les aborde et l’ordre dans lesquels il les énoncent me permettront j’en suis sûr de remettre en cause la manière dont je les mets en pratique. J’espère que ces précieux conseils vous seront aussi utiles à vous !

Même s’il est un très grand artiste, D. Lockwood rappelle à l’auditoire que tout ce qu’il énonce n’est que son propre avis, forgé avec son expérience, et que ce n’est pas « une vérité ». Chapeau l’artiste !
Je vais également reprendre ci dessous entre guillemets quelques citations que D. Lockwood distille avec humour tout au long de son cours.

Déroulé de la Master Class 

Trois jeunes violonistes de 12 à 15 ans sont les élèves de cette classe, ils suivent des cours de violon à  l’école de musique locale. Leur professeure est présente.
D. Lockwood précise que tout ce qu’il va dire s’applique à tous les instruments, les violons sont là juste pour montrer par la pratique.

Introduction : « L’improvisation, cela ne s’improvise pas »

En effet, les codes de notre culture son nécessaires pour improviser. Ainsi un enfant ne sait pas qu’un piano est  un instrument de musique : il voit un objet dans un coin de la pièce. Il lui faut acquérir une connaissance pour comprendre l’usage. Ces connaissances et les symboles rattachés sont la base de notre expression.
Ainsi nous sommes tous des improvisateurs : en allant à la boulangerie, nous improvisons les échanges et les phrases que nous prononçons. Il nous a fallut pour cela assembler des connaissances et les symboles du langage parlé.

L’improvisation en musique est  une manière d’assembler nos connaissances (musicales) pour raconter des histoires; nos histoires. Chacun est unique, et raconte donc une histoire qui lui est propre. Par notre univers, et nos histoires , « nous sommes tous des artistes »

Si improviser est un peu comme parler, et peut s’assimiler à l’improvisation libre, l’improvisation à plusieurs requiert des règles, un peu comme celle de la poésie. Improviser en jazz est donc difficile et demande beaucoup de travail, car c’est un peu comme si nous parlions en poèmes, avec un nombre de pieds à respecter.

La difficulté vient également de notre culture. Car en improvisation, il n’y a pas d’erreur. Ou plutôt , il n’y a qu’une suite d’erreur. « L’improvisation est une suite d’erreur maitrisées ».
Or dans notre culture, l’erreur n’est pas permise, on nous demande d’être parfait !

Si nous reproduisons ce que nous avons appris, nous sommes des interprète. Alors que si nous cherchons de nouvelles voies, il est normal de trouver des choses inconnues. C’est ce que nous ferons de ces surprises qui fera tout. Il faut donc oser aller chercher ce qui est en nous.
Mais il ne faut pas aller le chercher avec la volonté car cela ne donnerai rien. Il faut oser s’ouvrir et laisser aller. L’ouverture, c’est la première note, ou la première « erreur »…. les autre notes et le reste de  l’histoire viennent ensuite naturellement ….

Premier exercice

Un premier élève violoniste joue un petit morceau préparé, accompagné au piano de son enseignante, et à l’aide de sa partition.

Après avoir félicité le jeune musicien, D Lockwood insiste sur l’importance de jouer sans partition : cela est nécessaire pour que ce ne soit pas les yeux qui commandent.
Il explique que pour lui le plus difficile a été de passer du classique à l’improvisation, et de se laisser guider par son oreille et non pas par ses yeux.

Il rappelle que le plus important dans la musique est le rythme, qui vient même avant le son : on croit qu’il faut jouer beaucoup de notes, alors que l’essentiel est le rythme. Mais le rythme ce n’est pas battre la mesure avec une main ou un bras ! Tout le corps doit en être empreint : c’est le rythme organique.
Il explique aux élèves présents qu’il leur faut absolument battre la mesure avec leur pied, ou en tout cas avec leur corps, pendant qu’ils jouent. Le rythme doit être comme un ballon de basket qui rebondit inlassablement.

Pour commencer à improviser, il faut faire comme le bébé qui commence à parler : il utilise peu de mots, en musique on utilisera peu de notes.
Et on apprend au bébé des comptimes simples, qui sont toutes basées sur le système question – réponse.
Avec la musique, il va en être de même.  Comme les notes n’ont pas de sens intrinsèque comme les mots, elles vont véhiculer l’émotion des mots sans en véhiculer le sens.

exercice : Il demande au violoniste d’improviser sur trois notes seulement (La-si-do corde de sol) avec comme consigne : 1 mesure de 4 temps = 1 question
.                  1 mesure de 4 temps = la réponse.

Il rappelle que pour poser une question, notre voie monte à la fin =>il propose de faire de même en musique.
Il demande au violoniste de faire 5 fois de suite exactement le même rythme, les mêmes notes. Puis il lui proposera de s’autoriser de petits changements.

Il insiste sur le fait de répéter cela des milliers de fois afin que notre corps enregistre ce basculement Question-Réponse et que nous l’ayons organiquement enregistré, sans avoir plus à y penser.

De l’importance d’investir chaque note

« Jouer, ce n’est pas enfiler un collier de perle ou chaque perle serait une note »
Chaque note est un réservoir, un petit bout de l’histoire, de notre histoire. On met un bout de soit dans chaque note. On met donc toute sa vie dans chaque note !  C’est un don dans lequel on s’investit beaucoup !

Il conseille d’écouter à ce titre l’exemple de BB King, qui joue et chante peu de notes, avec un investissement impressionnant.

Travailler sa justesse

Il montre à la 2eme élève violoniste l’importance de ne pas laisser passer des notes fausses.
Même si comme il le dit avec humour : « tous les violonistes jouent faux, mais il y en a qui exagèrent »

Etre juste en violon est un travail de patience, c’est un travail de répétition .
Mais être juste en violon, c’est comme être juste dans la vie : cela se construit pas à pas. Lorsqu’on est juste, on se sent à la bonne place, et tout devient clair et résonne : il montre sur son violon la mise en sympathie de deux cordes.

« Le violon est un instrument d’initié …. et un des secrets est la patience ! »

La mémoire du corps

Il fait travailler de même la 3eme élève violoniste, sur 4 notes (la-si-do-ré corde de sol) et sur des cycles de 2 mesure question, 2 mesures réponse.
Il lui explique ainsi le mode Dorien, et l’importance de mémoriser l’écartement des doigts ; c’est le même sur la corde de sol et sur la corde de ré pour La Dorien.
Par la répétition la violoniste commence à améliorer sa justesse et affine sa perception des écartements.
Tous les exercices se font bien sûr sans partition et en improvisant sur les notes proposées.

Le travail en groupe

Jouer de la musique et improviser, cela se fait le plus souvent à plusieurs.
Il propose donc aux 3 élèves de jouer ensemble : deux jouent l’accompagnement rythmique simple (noire deux croches, noire deux croches) sur la note de LA (corde de sol), le 3eme improvise sur le système de question réponse proposé précédemment. Et les rôles changent de temps à autre.

Par des conseils simples, il les amène à s’écouter, à ne pas jouer trop fort, à faire respirer le soliste entre les phrases grâce à des silences en fin de phrases, à se positionner sur la scène …..

Conclusion

En une heure, ces 3 jeunes violonistes sont arrivés à jouer en rythme, en s’écoutant, en improvisant de manière simple, pour nous donner une petit concert ! Quelle belle expérience pour eux …

La Master class se termine par une improvisation de D. Lockwood sur l’accompagnement des 3 jeunes violonistes, et une invitation à assister au concert donné à 20h30 …. que je vous relaterai dans un prochain article!

Ce que je retiens en 7 points

1- Commencer par travailler la carrure (pour que le corps puisse mémoriser où nous en sommes) ce qui permet ensuite de travailler en groupe
=> répéter, répéter, répéterpour solliciter la mémoire du corps

2- Travailler sans partition
=> court-circuiter le cerveau pour activer la mémoire du corps

3- Faire simple ! Ceci autant dans le choix des notes que pour les rythmes. Et dans les répétitions, s’autoriser seulement de petits changements entre chaque séance.
=> Je l’ai souvent entendu, mais entre ce que j »entend et ce que je fais, il y a parfois un gouffre

4- Investir chaque note, chaque phrase.
=> Mais attention, ce n’est pas mettre de la volonté à chaque note !

5- Ecouter les autres.
=> Là aussi on a beau le dire, je ne le mets pas assez en œuvre

6- L’importance aussi de jouer l’accompagnement pour les autres

7- Ce qui m’a le plus impressionné : lors du mini concert de fin des 3élèves avec Didier L., le musicien le plus investi dans ce qu’il jouait était sans conteste …. Didier L ! son corps entier vibrait à chaque note.
Pourtant il n’y avait pour lui aucun enjeu, .alors que les élèves vivaient eux une expérience inoubliable. Mais il mettait en pratique ce qu’il avait dit auparavant : chaque note jouée est une partie du musicien qui la joue, et il est essentiel de l’investir à 100%. Belle démonstration !

En savoir plus

Vous avez un peu de temps ?
Voici l’émission de France Inter « l’école du jazz » qui a été visiter un cours de Didier Lockwood – Ecoutez le ICI

 

Un grand merci à Didier Lockwood de participer à l’initiative des concerts de poche, qui permettent à tous les territoires (ici l’Ardèche) de rencontrer des artistes renommés.

 

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